L’hebdomadaire catholique La Vie faisait dans son numéro du 24 octobre 2005 un dossier spécial sur le protestantisme (# 3138). Son journaliste a posé cette question à deux pasteurs réformés : « Le protestantisme français peut-il mourir ? » Ces deux pasteurs incarnent l’avenir de l’Église réformée. L’un d’eux a répondu « oui ». Gilles Boucomont, pasteur de la paroisse réformée du Marais à Paris, donne un témoignage inquiétant.
Notre protestantisme historique a perdu sa substance. Nous nous sommes laissés instrumentaliser. On nous a demandé d’être des chrétiens présentables, moins ringards que les cathos, qui soient pour la contraception, l’avortement, le préservatif. Nous sommes devenus le faire-valoir de la pensée unique, la bonne conscience du christianisme. Avec notre « liberté éthique », nous avons cautionné le dogme du laxisme ambiant. C’est pitoyable, même si les protestants adorent être cette élite qui pense juste.
Le protestantisme est devenu sociologique. On a gardé la culture, mais pas la sève. Je rencontre des jeunes qui me disent : je suis protestant, mais pas chrétien. Nos cultes sont intellos — ou croient l’être, ce qui est pire.
Notre problème est notre rapport à la Bible : l’approche critique des textes est devenue un dogme. La Bible n’a plus d’autorité. Une lecture spirituelle de la Bible est désormais entachée de soupçon. On a opposé, à tort, lecture savante et lecture pieuse de la Bible. Nos pasteurs, formés à cette lecture savante, ont oublié le Saint-Esprit. L’enjeu est clair : soit on veut continuer le ministère de Jésus, soit on devient les gentils gestionnaires d’un lobby bien vu de tous.
Il faut affirmer la puissance du Christ, venu pour guérir les malades et chasser les démons. Les gens souffrent dans leur âme. Et moi je leur dirais d’aller voir un psy ? Alors que j’ai, au nom du Christ, le devoir de les aider ? Quand je dis que je fais des exorcismes, certains me prennent pour un fou. Ou un manipulateur. Guérir au nom de Jésus n’a rien à voir avec une spiritualité désincarnée. La solution est très simple : il faut replanter les paroisses dans la prière et dans la Bible. L’expérience prouve qu’elles se remplissent alors.
Boucomont a mis le doigt sur le problème du christianisme “libéral” en général. C’est un problème qui affecte autant l’église catholique que les églises protestantes en occident. Les églises se vident, pas seulement parce que les gens ne croient plus à la religion, mais aussi parce que les leaders n’y croient plus. Qui s’intéresse à une religion dont les dogmes sont constamment remis en question par les gens qui sont censés les défendre? Enlevez le surnaturel, l’inspiration des écritures saintes, l’efficacité de la prière… tout ce qui vous reste, c’est un club social. C’est plaisant aller à l’église le dimanche pour voir le monde, mais rien de plus. On n’y va plus à la rencontre de Dieu.
Je suis d’accord que la gauchisation des Églises se fait aussi bien en milieu catholique que protestant.
Toutefois cette gauchisation semble être plus répandue et plus marquée chez les protestants français, lesquels ont voulu se différencier des catholiques pour avoir d’l'air “légitimes” aux yeux de l’establishment laïciste.